DAVID LE BRETON

Notice biographique

David Le Breton est professeur de sociologie à l'université Marc Bloch, de Strasbourg. Il est notamment l'auteur de Anthropologie du corps et modernité (PUF), Éloge de la marche (Métailié), Les passions ordinaires. Anthropologie des émotions (Armand Colin), Passions du risque (Métailié), Conduites à risque. Des jeux de mort au jeu de vivre (PUF). Sur le thème du colloque, il a notamment écrit : L'adieu au corps (Métailié) et Signes d'identité. Tatouages, piercings et autres marques corporelles (Métailié).

Titre de la proposition

  • Le corps comme matière d'art

Résumé de la proposition

Dans nos sociétés, la plasticité de soi, et donc celle du corps, est devenue un lieu commun. L'anatomie n'est plus un destin mais un accessoire de la personne. On travaille son corps comme autrefois on travaillait le marbre ou les couleurs sur la toile. Le corps a perdu son ancienne sacralité. L'art contemporain, de multiples manières, prend parti sur ce débat. Avec leurs moyens propres, les artistes interrogent avec ironie et détermination ce vertige d'une maîtrise de soi qui fait du corps un objet à sans cesse reconfigurer. Plus que jamais, l'intériorité devient un effort constant d'extériorité. Pour être soi, il faut l'écrire avec son corps. Les déclinaisons du corps forment l'un des chantiers les plus actifs et les plus lourds de sens de l'art contemporain. De même, dans la rue, le body art est devenu une figure commune : style de coiffure, cheveux teints ou partiellement rasés, tatouages, piercings, scarifications, brandings, etc. Pourtant, ailleurs, dans une sphère culturelle fortement investie, celle de la cyberculture, le corps est perçu comme surnuméraire, encombrant, on ne lui prête grâce que dans l'hypothèse rêvée par beaucoup de prochains implants informatiques permettant d'améliorer ses performances (pourquoi ?). Nous atteignons alors ironiquement le corps-machine de Descartes, en étant par ailleurs bien assuré que jamais Descartes n'aurait légitimé ce culte de la performance lié au contexte économique contemporain où il faut en effet être performant, efficace, toujours branché et disponible.