TECHNOLOGIE

La technologie permet d’agir sur la matière, de la transformer et d’accroître la portée du corps. Elle favorise de multiples jonctions entre le corps et la machine : elle peut envahir le corps, révéler ses dimensions cachées, le prolonger dans des extensions et accroître sa portée; elle peut transmettre ses informations dans un réseau informatique, surveiller ses actions, modifier ses comportements et ses caractéristiques; elle peut même se substituer au corps. Nous pouvons aussi l’utiliser pour transformer nos rapports à notre corps, au monde et à l’autre par une action créatrice. Pensons, entre autres, aux impacts des implants d’organes ou des produits pharmaceutiques, des outils et des prothèses, du téléphonie cellulaire et de l’Internet, de la caméra de surveillance et de l’institutionnalisation, du clonage, de la robotisation, de la permutation et de la falsification d’identité, avec toutes les fictions qu’elles entraînent d’un corps plus performant, normatif ou diminué et, à la limite, délirant et immortel.

En enseignement, le recours aux technologies est trop souvent réduit à celui d’un outil de plus pour transmettre ou donner forme à des contenus. Il importe de considérer les approches diverses de la réalité qu’elles permettent et la modification de sensibilité qu’elles entraînent. Une pédagogie posthumaine devrait se pencher sur la complexité des rapports entre le producteur et le récepteur d’un message médiatique ou ceux entre le producteur, l’utilisateur et l’objet technologique. Elle tiendrait compte de la matérialité du médium, de l’organisation des informations véhiculées, de même que du contexte de diffusion ou d’utilisation et de l’idéologie qui l’entoure. Elle considérerait le corps lui-même de l’utilisateur comme une technologie, et la machine comme une extension du corps.